• 14 Déc 2025

    Grève générale en Belgique, au Portugal et en Italie

Signaux de réaction de la classe ouvrière et des autres travailleurs face à la crise capitaliste et aux contre-réformes mises en place par les gouvernements

14/12/2025

Entre septembre et le début du mois de décembre, l’Europe a été secouée par des grèves, des blocages, des manifestations et des affrontements avec la police en France, en Grèce, en Belgique, au Portugal et en Italie. Ils ont eu en commun la riposte aux contre-réformes des gouvernements. Au nom de l’équilibre budgétaire, la bourgeoisie exige des gouvernants qu’ils imposent l’augmentation du temps de travail, l’accroissement de la productivité et la réduction des dépenses publiques en matière de santé, d’éducation, de protection sociale et de logement. Les contre-réformes comprennent également la modification des lois du travail et des mesures contre les immigrés. Les changements apportés à la législation régissant les retraites et les pensions impliquent un relèvement de l’âge de départ et de la durée de cotisation.

L’économie de l’Union européenne et du Royaume-Uni souffre de la stagnation et recule dans le cadre des relations mondiales du capitalisme. Elle a perdu de sa capacité industrielle et vu s’accentuer le parasitisme financier.

La crise de 2008-2009, dont l’épicentre fut les États-Unis, a durement frappé les pays européens. Ensuite est survenue la pandémie, qui s’est chargée de renforcer encore les blocages économiques et les dettes publiques. Le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022 et les sanctions imposées à la Russie par les États-Unis ont élargi le tableau du déclin de l’industrie européenne, ultra-dépendante des sources de matières premières, principalement du gaz en provenance de Russie. D’un côté, la bourgeoisie européenne et ses gouvernements sont devenus organiquement dépendants des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale; de l’autre, ils n’ont eu d’autre voie que d’entrelacer leur économie avec celle de la Chine, qui s’est hissée au rang de deuxième puissance depuis les années 2000.

Le vieux continent subit le processus de désindustrialisation et la prédominance des secteurs de services. La période dite de “l’État-providence” est arrivée à son terme et la bourgeoisie est passée à l’offensive afin de liquider les anciennes conquêtes de la classe ouvrière et des autres travailleurs. On attendait de la création de l’Union européenne une puissante impulsion des forces productives. Les contradictions du capitalisme à l’époque impérialiste se sont chargées de balayer les avantages de la réduction des barrières commerciales, lesquelles ont surtout favorisé l’Allemagne et la France. Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne a été encouragé par les États-Unis, qui utilisent l’Angleterre comme instrument du capital financier.

Le retour à des dépenses militaires stratosphériques a contraint l’Union européenne et l’Angleterre à accroître une dette publique qui a atteint des niveaux insoutenables. Après le Japon et les États-Unis, qui affichent respectivement une dette publique correspondant à 214,1% et 119,3% du produit intérieur brut (PIB), vient la zone euro avec une moyenne de 91,4% du PIB. La Grèce atteint 154,2%; l’Italie, 135,8%; la France, 113%; la Belgique, 103,90%; le Royaume-Uni, 99,8%; et l’Allemagne, 62,20%, chiffres établis en 2024. L’augmentation de la dette européenne continuera de progresser, en partie en raison des dépenses militaires. Les gouvernements, quelle que soit leur orientation politique, recourent aux contre-réformes précisément au moment où s’est creusé le gouffre entre la minorité riche et la majorité pauvre. Selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), la dette publique mondiale augmentera de 2,8% en 2025 et pourrait dépasser les 100.000 milliards de dollars. Les prévisions indiquent que, dans quelques années, la dette publique de la France pourrait atteindre 128,4% du PIB et celle de l’Allemagne grimper à 75% du PIB.

Les grèves générales qui ont commencé en Grèce en septembre se sont poursuivies au cours de ce second semestre 2025 en France, en Belgique, au Portugal et en Italie. Le mouvement de contestation des contre-réformes de Macron a fini par impulser la crise politique. Le remplacement de plusieurs Premiers ministres a reflété la faillite du gouvernement de centre droit, qui se maintient péniblement. La grève générale en Italie du 12 décembre, organisée par la Confédération générale italienne du travail (CGIL), s’est déclarée contre la politique du gouvernement de droite de Giorgia Meloni, qui a présenté un budget favorisant les couches les plus riches de la population, donnant la priorité aux dépenses militaires et sacrifiant les investissements dans la santé, l’éducation, la protection sociale et le logement. En Belgique, le gouvernement a attaqué durement les retraites et procédé à des coupes budgétaires dans les services sociaux destinés aux chômeurs et aux travailleurs atteints de maladies professionnelles. La grève de trois jours à la fin novembre, appuyée par de grandes manifestations, a été un cri de guerre contre le budget anti-ouvrier du Premier ministre Bart De Wever.

Les grèves et les protestations en Europe indiquent que la bureaucratie syndicale est soumise à une pression énorme de la part des masses exploitées. Elle est contrainte de rompre l’inertie imposée par la politique de collaboration de classes. Dans ce cadre se manifeste la contradiction entre les initiatives de mobilisation qui ont eu lieu dans le passé récent en défense du peuple palestinien et la passivité face à la guerre explosive qui se déroule en Ukraine. Les directions syndicales, en règle générale, ont suivi et continuent de suivre les positions des gouvernements et de l’OTAN, qui sert de bras armé aux États-Unis. Les affrontements avec les gouvernements autour du budget et des contre-réformes indiquent certainement une phase plus avancée de la lutte des classes en Europe, ce qui met en évidence de manière absolue la crise de direction et la nécessité de la dépasser.

Les États-Unis, sous le gouvernement Biden, ont encouragé la guerre en Ukraine, cherchant son annexion à l’Union européenne. Aujourd’hui, sous le gouvernement Trump, ils forcent la fin de la guerre avec un plan de partage du territoire ukrainien. Au Moyen-Orient, la Maison-Blanche a imposé aux Palestiniens la paix des cimetières. En Amérique latine, Trump a armé un encerclement militaire du Venezuela et agit dans le but de renverser le gouvernement de Nicolás Maduro.

Les exploités et les peuples opprimés du monde entier sont confrontés à une offensive mondiale de l’impérialisme et des bourgeoisies nationales qui se sont lancées dans des contre-réformes anti-ouvrières et antipopulaires. C’est pourquoi, au fond, la lutte des classes en Europe a une portée mondiale.

La crise de direction correspond au vide laissé par l’absence d’une politique internationaliste capable d’unifier les combats des masses dans toutes les régions, en défense d’un programme propre de revendications et d’une orientation de classe face aux guerres. Les forces productives hautement développées ne trouvent plus place dans les rapports capitalistes de production ni dans le carcan des frontières nationales. L’ordre mondial édifié après la Seconde Guerre mondiale s’effondre et laisse place à la prolifération de toutes sortes de conflits.

De ces contradictions émergent le programme de la révolution sociale, les tâches de récupération des conquêtes perdues et la nécessité de l’unification des exploités dans la lutte de classes contre une classe bourgeoise historiquement épuisée. Sur ces bases se pose la lutte pour la reconstruction du Parti Mondial de la Révolution Socialiste, l’IVe Internationale.